rue de l'église - 5340, Faulx-Les Tombes
L’église Saint-Joseph, construite vers 1879, constitue un témoignage particulièrement riche de l’architecture religieuse belge de la fin du XIXe siècle, à la croisée des enjeux artistiques, religieux et sociaux de son époque. Elle est l’œuvre de l’architecte Henri Beyaert (1823–1894), figure majeure de l’éclectisme en Belgique, dont l’approche dépasse la simple imitation des styles anciens pour proposer une interprétation personnelle fondée sur la matérialité, la couleur et l’unité de conception.
La construction de cet édifice s’inscrit dans une implantation plus ancienne de lieux de culte à Faulx-les-Tombes. Dès le XVIIe siècle, une chapelle, attestée en 1666, témoigne de l’existence d’une vie religieuse locale, bien que celle-ci reste encore dépendante de paroisses voisines. Ce premier lieu de culte, modeste, correspond à une organisation encore peu structurée du territoire. Au XIXe siècle, dans un contexte de réorganisation religieuse consécutive à la période française, une première église paroissiale dédiée à saint Joseph est construite en 1860. Elle marque une étape importante dans l’autonomisation de la communauté, en lui fournissant un véritable centre spirituel. Toutefois, cet édifice est rapidement jugé insuffisant ou inadapté, ce qui conduit, à peine deux décennies plus tard, à la construction d’une nouvelle église, plus ambitieuse — celle que l’on connaît aujourd’hui.
Cette reconstruction rapide peut s’expliquer par le contexte historique de la Belgique de la fin du XIXe siècle, marqué par une forte affirmation du catholicisme face à l’État libéral, notamment dans le cadre des tensions liées à l’enseignement. Dans les campagnes, la construction d’églises participe à une stratégie d’ancrage religieux et identitaire. À Faulx-les Tombes, elle répond aussi à une volonté locale de représentation et de prestige, perceptible dans le choix d’un architecte de renom comme Beyaert et dans la qualité exceptionnelle du projet.
Sur le plan architectural, l’église Saint-Joseph illustre pleinement la démarche de Henri Beyaert, l’un des représentants majeurs du courant éclectique qui domine la création architecturale belge du XIXe siècle, aux côtés du néoclassicisme, jusqu’à l’émergence de l’Art nouveau. L’édifice adopte un style néo-roman teinté d’influences byzantines, caractérisé par des volumes clairs, des arcs en plein cintre et une composition équilibrée. Toutefois, son originalité réside surtout dans le traitement des matériaux et de la couleur. Il se distingue par une utilisation particulièrement maîtrisée de la polychromie, obtenue par l’alternance de moellons de grès rougeâtres et jaunes issus de la région, rehaussés par des chaînes d’angle en pierre bleue. Ce traitement des matériaux confère au bâtiment un rythme visuel et une richesse chromatique remarquables, tout en affirmant son ancrage local.
Le décor extérieur, bien que mesuré, présente une forte densité symbolique. Le porche est orné d’un tympan portant un chronogramme en latin – Sancto Josepho amae virginis conjugi, pietas gratiasque dicant (À saint Joseph, époux de la vierge bien-aimée, que la piété et la reconnaissance rendent grâce ) – et d’une colonne sculptée des attributs des quatre évangélistes : l’aigle pour Jean, le lion pour Marc, le taureau pour Luc et l’homme pour Matthieu. Ces éléments participent à une iconographie traditionnelle, intégrée avec soin dans une composition architecturale cohérente.
L’intérieur prolonge cette recherche d’unité. Entièrement construit en grès jaune, il est animé par une alternance de briques rouges et de pierre bleue, créant une continuité chromatique avec l’extérieur. La charpente apparente en bois lambrissé contribue à l’atmosphère chaleureuse de l’espace. La perspective de la nef est marquée de manière singulière par la présence d’un jubé qui surplombe l’entrée du sanctuaire, surmonté d’un calvaire monumental, constituant un point focal fort dans la composition intérieure.
L’église témoigne également d’une collaboration étroite entre architecture et arts décoratifs. Beyaert s’adjoint notamment le talent du jeune Paul Hankar (1859–1901), qui réalise les éléments de ferronnerie, tels que le banc de communion, la rampe de la chaire de vérité et les bras de lumière disposés le long des colonnes. La chaire elle-même, sculptée dans un seul bloc de pierre par l’artiste local François-Joseph Balthazart, illustre le niveau élevé de maîtrise artisanale mobilisé pour ce projet.
Par l’usage expressif de la couleur, l’équilibre des volumes et le soin apporté aux détails, l’édifice dépasse la simple référence aux styles historiques. Plusieurs auteurs y voient ainsi les prémices d’une sensibilité nouvelle, annonçant les développements de l’Art nouveau, notamment dans l’attention portée à la matérialité et à l’unité des arts.
Sur le plan socio-économique, l’église reflète la situation d’une société encore largement rurale, structurée autour de la paroisse et des rythmes religieux, mais déjà ouverte à des influences nouvelles. La fin du XIXe siècle est en effet une période de transformation progressive des campagnes, marquée par une amélioration des conditions de vie et une circulation accrue des idées artistiques. Dans ce contexte, l’église de Faulx-les Tombes apparaît comme le produit d’une double dynamique : elle reste profondément ancrée dans son milieu local tout en intégrant des ambitions esthétiques et culturelles plus larges.
Ainsi, l’église Saint-Joseph ne se réduit pas à un simple lieu de culte rural. Elle constitue l’aboutissement d’un processus historique progressif, allant d’une chapelle du XVIIe siècle à une première église paroissiale au XIXe siècle, puis à un édifice ambitieux et innovant. À travers elle se lisent à la fois l’affirmation religieuse de son époque, les aspirations d’une communauté villageoise et l’évolution d’un langage architectural en transition vers la modernité.
Photo © Père Mariano Mendoza
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